ADRESSE DE LA PRESIDENTE DE LA HAUTE COUR DE JUSTICE, Professeure Dandi GNAMOU
Mesdames et Messieurs,
Chères dames,
« Les droits des femmes sont une obligation, pas une option », affirme Hillary Clinton.
Et Ruth Bader Ginsburg nous rappelle avec force :
« Les femmes appartiennent aussi à tous les endroits où les décisions sont prises. »
Ces mots ne sont pas des formules élégantes.
Ce sont des vérités exigeantes.
Des vérités qui dérangent.
Des vérités qui obligent.
Car parler des droits des femmes, ce n’est pas parler d’un privilège accordé.
C’est parler d’une dette à honorer.
D’une justice à rendre.
D’un retard à rattraper.
Cette année, les Nations Unies ont choisi un thème clair, direct, sans détour :
« Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles. »
Trois mots.
Trois exigences.
Droits, parce qu’ils ne sont pas encore garantis partout.
Justice, parce que l’égalité reste trop souvent théorique.
Action, parce que le temps des discours sans suite est révolu.
Et la question est simple, mais implacable :
qu’avons-nous réellement fait, et que faisons-nous encore, aujourd’hui ?
Il est temps.
Il est temps de rompre avec les idées reçues.
Il est temps de briser les schémas sociaux hérités.
Il est temps de refuser la résignation déguisée en tradition.
Il est temps, oui temps d’être cette révolution.
Non plus silencieuse.
Mais visible. Audible. Irréversible.
Car depuis trop longtemps, l’histoire a relégué la femme à l’arrière-plan.
Trop longtemps, elle a été confinée.
Minorée. Invisibilisée.
Les conséquences sont là, sous nos yeux :
- des compétences ignorées,
- des voix absentes des lieux de décision,
- des lois votées mais imparfaitement appliquées,
- et une égalité qui avance… mais trop lentement.
Mesdames, Messieurs,
La Journée internationale des droits des femmes ne peut être un rituel vide.
Elle doit être un miroir.
Un miroir qui nous oblige à regarder nos politiques,
nos normes sociales,
nos habitudes culturelles,
et surtout notre rapport au pouvoir.
Cette réflexion ne doit pas être annuelle.
Elle doit être quotidienne.
Car pour vous, chères dames, chaque jour doit être un 8 mars.
Mesdames,
Croyez en vous.
Vraiment. Prenez conscience de ce que vous êtes.
De ce que vous savez. De ce que vous valez.
Vos capacités ne sont pas à venir.
Elles sont déjà là.
Vos talents ne demandent pas la permission.
Ils demandent l’audace.
Cherchez l’excellence : Dans chaque geste, dans chaque décision, dans chaque responsabilité.
Alliez-la à un courage ferme, calme, inébranlable.
Car l’autorité respectée ne s’impose pas : elle se construit.
Comme le rappelait Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies :
« Il n’existe pas d’outil de développement plus efficace que la prise de responsabilités par les femmes. Aucune politique ne saurait augmenter autant la productivité économique, réduire la mortalité infantile ou maternelle, améliorer la nutrition, promouvoir la santé et accroître les chances d’éducation pour la génération suivante. »
Ces mots sont lourds de sens.
Ils disent une chose simple : quand une femme s’élève, c’est toute la société qui progresse.
Mais attention.
Il ne s’agit pas de se conformer à des modèles imposés.
Il ne s’agit pas d’imiter pour être acceptée.
Comme le disait Michelle Obama :
« Votre histoire vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. À vous de vous en emparer. »
La femme leader n’efface pas ce qu’elle est.
Elle ne se travestit pas.
Elle ne s’excuse pas d’exister.
Sa force vient de son authenticité.
De sa compétence. De la clarté de ses convictions.
Ce n’est ni une question de diplôme,
ni de statut social.
C’est une décision intérieure.
IL VOUS FAUT VOUS DÉBARRASSER DE TOUT COMPLEXE.
Mais sans arrogance. Sans écraser.
Dans le respect des autres.
Car le respect ne se réclame pas.
Il se mérite. Soyez des femmes de vision et d’audace.
Des femmes qui osent décider, et assumer.
Soyez celles qui entraînent.
Celles qui inspirent.
Celles qui ouvrent la voie.
Comme le disait Madeleine Albright, ancienne Secrétaire d’État américaine : « La participation des femmes engendre des bénéfices tangibles pour la démocratie : une meilleure prise en compte des besoins des citoyens, une coopération accrue et une paix plus durable. »
Oui.
Plus de femmes dans la décision,
c’est plus de démocratie, plus de justice et plus de paix.
Au Bénin,
Des progrès ont été réalisés.
Nous devons le reconnaître.
Mais soyons honnêtes :
ce n’est pas encore suffisant.
Les institutions de la République portent une responsabilité historique.
La Haute Cour de Justice en est une illustration vivante.
Elle prouve que les femmes peuvent accéder, et exceller au sommet de l’État.
Chers Messieurs,
On dit que « la nuit porte conseil ».
Mais qui porte conseil dans la nuit, sinon la femme ?
Depuis trop longtemps, la voix des femmes murmure là où elle devrait résonner.
Elle éclaire… sans être vue.
Elle décide… sans être nommée.
La question est simple :
jusqu’à quand ?
Pourquoi parler par procuration ?
Pourquoi déléguer une parole qui mérite d’être portée directement ?
Il est temps que les femmes montent sur la scène.
Qu’elles parlent. Qu’elles décident.
Qu’elles assument.
Mesdames et Messieurs,
Faisons de cette journée un tournant.
Pas une célébration de plus.
Mais un acte de courage collectif.
Car le progrès d’une société
se mesure à la place qu’elle accorde aux femmes : dans la décision, dans la responsabilité, et dans l’avenir.
Je forme le vœu que cette journée ne s’achève pas en applaudissements seulement, mais en engagements concrets pour toutes les femmes du Bénin.
Je vous remercie.